Le cancer du col de l'utérus est l'un des rares cancers que l'on peut presque entièrement prévenir, grâce à un dépistage efficace et à la vaccination. Au Maroc comme dans le monde, il reste pourtant l'un des cancers féminins les plus fréquents, en grande partie parce que le dépistage reste insuffisant. Comprendre les enjeux, c'est se donner les moyens de se protéger.
Pourquoi un dépistage est-il nécessaire ?
Le cancer du col de l'utérus se développe à partir des cellules qui tapissent le col, à la jonction entre le vagin et l'utérus. Dans la quasi-totalité des cas (plus de 99 %), il est causé par une infection persistante par un papillomavirus humain (HPV) à haut risque, en particulier les types 16 et 18.
Ce cancer ne survient jamais brutalement. Il est précédé de lésions précancéreuses, appelées dysplasies, qui mettent en moyenne 10 à 15 ans à se transformer en cancer invasif. C'est cette lenteur d'évolution qui rend le dépistage si efficace : détectées à temps, les lésions précancéreuses se traitent simplement, avant qu'elles n'évoluent.
Au Maroc, environ 3 000 nouveaux cas de cancer du col sont diagnostiqués chaque année, et plus de 2 000 femmes en meurent. La majorité de ces décès pourraient être évités par un dépistage régulier.
Le frottis : déroulement et fréquence
Le frottis cervico-utérin consiste à prélever quelques cellules à la surface du col de l'utérus, à l'aide d'une petite brosse ou d'une spatule. Le geste dure quelques secondes, est généralement indolore (parfois légèrement désagréable), et se fait pendant un examen gynécologique classique au speculum.
Les cellules prélevées sont étalées sur une lame (frottis classique) ou recueillies dans un milieu liquide (frottis en milieu liquide, désormais standard) puis envoyées au laboratoire pour analyse cytologique.
La recommandation marocaine, alignée sur les standards internationaux, est :
• Premier frottis à partir de 25 ans (ou dès le début de la vie sexuelle)
• Renouvellement à 1 an pour confirmer le premier résultat normal
• Puis tous les 3 ans entre 25 et 30 ans si les frottis sont normaux
• À partir de 30 ans, test HPV tous les 5 ans en remplacement du frottis seul
• Arrêt possible à 65 ans si les derniers dépistages sont normaux
La recherche d'HPV : la nouvelle référence
Depuis quelques années, le test HPV a remplacé le frottis classique comme examen de référence à partir de 30 ans. Pourquoi ? Parce qu'il détecte directement la cause du cancer (le virus), bien avant l'apparition de lésions cellulaires visibles au microscope.
Le prélèvement est identique au frottis classique. Au laboratoire, on recherche la présence d'ADN viral des HPV à haut risque. Un résultat positif ne signifie pas qu'il y a un cancer : la majorité des infections HPV sont transitoires et disparaissent spontanément en 1 à 2 ans. Mais un test positif justifie une surveillance plus rapprochée.
Si le test HPV est négatif à 30 ans, on peut espacer le dépistage à 5 ans en toute sécurité — c'est l'un des grands avantages du test HPV par rapport au frottis classique.
La vaccination HPV : prévention primaire
La vaccination contre les papillomavirus est la meilleure prévention primaire du cancer du col de l'utérus. Elle protège contre les souches les plus dangereuses, responsables de 70 à 90 % des cancers du col selon le vaccin utilisé.
La vaccination est recommandée chez les filles entre 11 et 14 ans, idéalement avant le début de la vie sexuelle. Un rattrapage est possible jusqu'à 19 ans, voire 26 ans dans certains contextes. Elle peut aussi être proposée aux garçons (la vaccination des garçons réduit la transmission du virus à la population).
Le schéma vaccinal est de 2 doses (espacées de 6 mois) avant 15 ans, et 3 doses au-delà. Le vaccin est bien toléré, avec des effets secondaires bénins similaires aux autres vaccins.
Important : la vaccination ne dispense pas du dépistage par frottis ou test HPV. Les deux sont complémentaires.
Que faire si le résultat est anormal ?
Recevoir un résultat anormal de frottis ou un test HPV positif peut être angoissant. Quelques rappels pour ne pas paniquer :
Un frottis anormal ne signifie pas un cancer dans 95 % des cas. Il signifie simplement qu'il y a des cellules à surveiller ou à explorer plus en détail.
L'examen complémentaire de référence est la colposcopie : une loupe spéciale est utilisée pour examiner le col de l'utérus en détail, après application de colorants qui révèlent les zones suspectes. Une biopsie ciblée peut être réalisée pendant l'examen pour analyse au microscope.
Les lésions précancéreuses, si elles sont confirmées, se traitent par conisation (ablation de la zone anormale, sous anesthésie locale ou générale). C'est un geste simple, bien codifié, qui guérit définitivement la lésion dans la grande majorité des cas tout en préservant la fertilité.
Le pronostic dépend du stade. Dépisté tôt, le cancer du col se guérit dans plus de 90 % des cas. C'est tout l'enjeu du dépistage régulier.